Allain Leprest

février 10, 2014 tacet.fr - Pas de commentaire

Allain Leprest est un chanteur discret avec une forte personnalité. Si cela semble être un paradoxe, il n’en est rien. La radio et la télévision, à quelques exceptions près ne le programment pas. Pourtant, il est reconnu comme un des auteurs les plus intéressants de sa génération …

Allain Leprest est né à Lestre dans le Cotentin le 3 juin 1954. Il est issu d’une famille modeste, son père est menuisier. Un goût immodéré pour le music-hall et la radio lui ouvre les oreilles. Le jeune Allain découvre ainsi Léo Ferré et Georges Brassens. 

A dix-sept ans, alors qu’il entre en CAP de peintre en bâtiment, il commence à écrire des chansons. Malheureusement, il est envoyé d’office faire son service militaire dans les parachutistes. Cela se passe relativement mal. Son insoumission et une certaine provocation pointent déjà le nez.

En 81, paraît un recueil de poésie d’une vingtaine de textes « Tralahurlette » préfacé par Henri Tachan, chanteur à textes français, rencontré quelques temps auparavant et qui l’encourage. Le chemin vers le métier de chanteur est long. Après plusieurs métiers dont celui d’éducateur, ce n’est qu’en 82 qu’il vient à Paris pour chanter dans divers cabarets comme le Caveau de la Bolée ou Chez Georges et se faire ainsi quelques maigres cachets.

1985 : Révélation à Bourges
La révélation auprès du grand public vient en 85 lors du passage de l’artiste au festival du Printemps de Bourges. En une demi-heure de « Tremplin », il est repéré par les professionnels présents qui voient en lui un poète doublé d’un interprète de talent.

L’année suivante, il signe chez Meys, la maison de disques de Jean Ferrat et de Gérard Meys. Leprest sort un premier album intitulé « Mec ». Il écrit aussi pour d’autres comme Isabelle Aubret dont il fait la première partie à l’Olympia en 86, Juliette Gréco ou Romain Didier qui devient son ami. Celui-ci signe d’ailleurs certaines musiques du premier album et en signera d’autres sur celui qui sort en 88 « Ton cul est rond ».

Allain Leprest se produit alors au Festival de la Chanson Française de Sarrebrück, celui du Val-de-Marne et dans plusieurs Fêtes de l’Humanité. Le rassemblement annuel des communistes français est une manifestation qu’il connaît bien. Lui-même communiste, il fréquente depuis longtemps cette manifestation. Il y a même rencontré sa compagne Sally, d’origine mauritanienne avec qui il a deux enfants.

Après s’être fâché avec Gérard Meys, deux années de doute et de « vaches maigres » vont s’écouler jusqu’à la collaboration d’Allain Leprest avec Pierre Barouh, directeur du label Saravah. En fait, c’est avec l’accordéoniste de jazz Richard Galliano que va se réaliser « Voce a mano », album qui sort en 92. La voix râpeuse du chanteur se mêle très bien aux envolées de l’instrument. A cette occasion, les deux artistes reçoivent le Prix de l’Académie Charles-Cros. La presse est d’ailleurs dithyrambique. Cela débouche sur un spectacle en avril au Théâtre Clavel à Paris.

Allain Leprest se produit en mars 93 au Théâtre Dejazet à Paris et dans de nombreux festivals dont celui des Francofolies de la Rochelle (la même année).

En 1994, il signe les textes de l’album « Al dente » de Francesca Solleville, une chanteuse dans la tradition « rive-gauche ». Lui-même sort un nouvel album sans nom toujours chez Saravah, et se produit durant trois semaines au Théâtre d’Ivry en mars 94. L’été est bien rempli puisqu’il donne aussi des concerts à l’Estival d’Aubervilliers en juin, aux Francofolies de la Rochelle en juillet, à la Fête de l’Humanité en septembre et au Festi’Val-de-Marne en octobre.

Mémorable Olympia
Le 20 février 95, il donne un récital unique à l’Olympia à Paris pour la première fois de sa carrière. Il est accompagné de trois musiciens. C’est la consécration. On lui trouve des accents de Brel, reconnaissant ainsi son grand talent d’interprète, avec une ample gestuelle. A la suite de cette soirée mémorable, il sort un disque live.

En 98, Allain Leprest publie un nouvel album chez Night & Day, « Nu ». Les mélodies sont composées par Romain Didier bien sûr mais aussi Kent, Higelin, Gilbert Laffaille et Yves Duteil. Les textes sont quant à eux signés Allain Leprest : inspirés du quotidien, « SDF », de son quotidien, « Madame » pour sa fille ou « la Courneuve », lieu de rencontre avec sa femme. Ils sont toujours aussi forts et donnent l’impression qu’il s’agit d’un langage ciselé par un orfèvre des mots. Mais c’est sur scène que Leprest s’exprime le mieux. Après un passage aux Francofolies de La Rochelle en juillet, il se produit dans une petite salle parisienne, l’Européen du 10 au 17 octobre.

Ce n’est qu’en 2000 qu’on le retrouve sur une scène parisienne, celle du Limonaire, chaque mardi du mois à partir de janvier.

Des nouvelles
Les 16 et 17 octobre, alors qu’il se produit à Castres, il enregistre un disque live qui sort en 2002, « Je viens vous voir ».

En 2004, Allain Leprest fête ses 25 ans de carrière en donnant deux concerts en juin, à Paris (l’Européen).

Il faut attendre l’année 2005 pour que l’artiste sorte à nouveau un album original, « Donne moi de mes nouvelles ». La réalisation est assurée par Didier Pascalis et Thierry Garcia. Les arrangements par Romain Didier. Pour l’occasion, le chanteur reprend deux textes écrits à l’origine pour Francesca Soleville « le Chagrin » et « les P’tits enfants d’verre ». En tout, Leprest écrit et interprète douze titres qui oscillent entre gravité et humour, toujours portés par sa voix rocailleuse. Le comédien Philippe Torreton vient poser sa voix sur « C’est à la fin du bal » et la jeune chanteuse Olivia Ruiz sur « Etes-vous là ? »

Du 2 au 6 novembre, il se produit sur la scène du Théâtre Silvia Monfort à Paris.

Le ministère de la Culture français commande à Allain Leprest (auteur) et à Romain Didier (compositeur) une cantate sur le thème de la Méditerranée. Cette « Cantate pour un cœur bleu » est présentée avec succès en juin 2006 au festival des Musiques sacrées de Fès au Maroc, avec la participation de Romain Didier, d’Enzo Enzo et d’un chœur franco-marocain, Un disque sortira trois ans plus tard.

C’est une période pendant laquelle Allain Leprest se bat vaillamment contre un cancer du poumon. Il est très affaibli et son entourage ainsi que ses fans craignent le pire. Il surprend tout le monde en réapparaissant sur le devant de la scène à la fin de l’année 2007 avec l’album « Chez Leprest ». Disque sur lequel il invite une flopée de chanteurs (Michel Fugain, Olivia Ruiz, Jacques Higelin, Daniel Lavoie, Nilda Fernandez, Enzo Enzo, Loïc Lantoine…) à revisiter avec lui son répertoire. Une grande famille qu’Allain Leprest réussit à réunir au Bataclan le 12 mars 2008 pour un concert exceptionnel et riche en émotions : Daniel Lavoie interprète « Nu », Agnès Bihl « Le Copain de mon père », Jean Guidoni « J’ai peur » et Nilda Fernandez « Donne-moi de tes nouvelles ».

2008 : « Quand auront fondu les banquises »
Le discret poète sort son dixième opus « Quand auront fondu les banquises » le 1er décembre 2008. Quatorze chansons déployées sur des mélodies de Romain Didier, Daniel Lavoie, Lionel Suarez ou encore Jehan et qui questionnent l’écologie, la mort et la fin du monde, sans jamais verser dans le pathos.

Le 7 décembre 2009, Allain Leprest réitère l’expérience de « Chez Leprest » en en publiant le volume II. Clarika, Adamo, Kent ou encore la Rue Kétanou prêtent leurs voix à ses chansons. Un DVD donnant à voir le concert au Bataclan (2008) sort en même temps que le volume 2.

Allain Leprest reçoit le Grand Prix de la Poésie de la Sacem le 14 décembre.

De nombreux artistes figurant sur l’album accompagnent Allain Leprest sur la scène du Casino de Paris le 8 mars 2010.

Mort dans le village de Ferrat

A la mi-juillet 2011, Allain Leprest est l’invité d’honneur du festival Jean Ferrat, qui se tient chaque année à Antraigues-sur-Volane, en Ardèche. Le 15 août, le chanteur se donne la mort, dans cette même commune, où il était resté en vacances après le festival. C’est son producteur qui l’annonce à la presse, précisant qu’Allain Leprest devait sortir un album à la fin de l’année 2011 et donner plusieurs concerts. Une tristesse immense s’empare des compagnons de route de l’artiste, Richard Galliano, Loïc Lantoine ou encore Christian Olivier des Têtes Raides.
Frédéric Mitterrand, Ministre de la culture, rend hommage à un artiste « immense et rare », « l’un des plus représentatifs de cette si riche tradition française d’une chanson aux textes longuement médités ». Allain Leprest, qui chantait dans le « Pacifiste inconnu » « Je voudrais qu’on m’inhume/ dans mon plus beau posthume », est enterré au cimetière Monmousseau d’Ivry-sur-Seine, dans le Val de Marne, en région parisienne. La cérémonie a lieu en présence de ses proches dont ses enfants Fantine et Mathieu mais aussi d’une foule d’anonymes très émus par la disparition de cet artiste singulier.

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